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“Excellent”, 165 avis

Règle des 4 % : qu'est ce que c'est ?

Publié par Jonathan Dhiver
Mis à jour le 2 janv. 2026
15 min. de lecture
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Dans l'univers de la planification financière et de la retraite, la règle des 4 % occupe une place centrale. Elle est souvent présentée comme une boussole simple pour décider du montant à retirer d'un portefeuille chaque année, tout en préservant les capitaux pour la durée de vie.

Mais derrière cette idée séduisante se cachent des hypothèses, des limites, et surtout des adaptations à faire selon les marchés, le profil de risque et l'évolution réglementaire, comme la suspension de la réforme des retraites en 2026 ou le gel partiel des pensions. Cet article propose une exploration approfondie de la règle des 4 % : ses origines, son fonctionnement, ses forces et faiblesses, des variantes possibles, et des conseils pour l'utiliser de façon raisonnée dans un contexte français marqué par des changements fiscaux et sociaux récents.

Origines et fondements de la règle des 4 %

Genèse et étude Trinity

La règle des 4 % est souvent associée à William Bengen, qui, dans les années 1990, publia une analyse fondée sur les rendements historiques des marchés américains et conclut qu'un retrait initial de 4 % de la valeur d'un portefeuille (actions + obligations), ajusté ensuite selon l'inflation, avait de très bonnes chances de permettre au portefeuille de durer 30 ans.

Par la suite, l'étude Trinity (1998) — menée par trois professeurs de finance de l'Université de Trinity — est venue renforcer cette approche en testant différents scénarios historiques sur des portefeuilles actions-obligations et divers horizons. Elle montra que des taux de retrait de 3 % à 4 % avaient un taux de réussite élevé pour des portefeuilles dominés par les actions.

L'étude Trinity retient qu'au premier retrait, on prélève 4 % de la valeur du portefeuille, puis on ajuste chaque année ce montant en fonction de l'inflation (indice des prix à la consommation). Si le portefeuille ne s'épuise pas avant l'horizon (souvent 30 ans), c'est un succès pour la stratégie.

Hypothèses sous-jacentes

La règle repose sur plusieurs hypothèses implicites, dont :

  • un portefeuille diversifié entre actions et obligations ;
  • une période de décaissement prédéfinie (souvent 30 ans) ;
  • des marchés dont les rendements suivent les patterns historiques ;
  • un ajustement annuel du retrait selon l'inflation pour préserver le pouvoir d'achat ;
  • une discipline de retrait constante, sans tentation de piocher davantage lors de bonnes années, ni réduire drastiquement en mauvaise année.

Ces hypothèses font que la règle des 4 % est un bon point de départ, mais nécessite des ajustements dans la pratique, d'autant plus avec l'inflation récente et des mesures comme le gel des pensions de base en 2026.

schéma fonctionnement règle des 4 pour cent

Fonctionnement concret et mathématiques simplifiées

Mécanisme de retrait

Voici le mécanisme de base :

  1. À l'année 1, retirer 4 % de la valeur du portefeuille (par exemple, si le portefeuille vaut 500 000 €, retirer 20 000 €).
  2. Les années suivantes, augmenter ce montant selon le taux d'inflation (par exemple +2 % si l'inflation est de 2 %).
  3. Si la valeur du portefeuille baisse, le retrait reste le même (ajusté pour l'inflation) — ce qui peut accélérer l'érosion du capital si les marchés subissent de fortes baisses prolongées.
  4. Si la valeur remonte, le retrait suit mécaniquement l'inflation mais ne " monte " pas davantage (sauf adaptation volontaire).

Cette méthode vise à maintenir le pouvoir d'achat au fil du temps, tout en cherchant à ce que le capital dure – idéalement pendant toute la durée de la retraite, dans un contexte où la durée de vie s'allonge et où certaines mesures (comme la suspension jusqu'en 2028 de l'augmentation de l'âge légal pour les générations 1964-1968) modifient le calendrier de départ.

Limite du capital et " échec "

Si un retrait ajusté dépasse la capacité du portefeuille à se redresser (après rendements négatifs prolongés), on peut arriver à un épuisement du capital avant la durée souhaitée. Dans l'étude Trinity, on considère que la stratégie " échoue " si, à un moment, la valeur tombe à zéro avant la fin de la période prévue.

Les critiques soulignent aussi que la règle ne garantit pas de préserver le capital — elle permet de consommer une part sans le ruiner prématurément, selon les conditions de marché, et dans un contexte où les pensions de base sont gelées en 2026 tandis que les complémentaires Agirc-Arrco ont été revalorisées de 2,2 % en janvier 2025 et 1,7 % en avril 2025.

Forces, limites et critiques

Pourquoi la règle des 4 % est utile

  • Simplicité : c'est un repère facile à expliquer et à retenir.
  • Historique favorable : sur de nombreuses simulations basées sur les marchés américains, ce taux a tenu la plupart du temps.
  • Discipline : elle impose une approche prudente, évitant les retraits excessifs impulsifs.
  • Point de départ pour adaptation : elle peut servir comme base avant d'ajuster selon le contexte (âge, horizon, marché, tolérance au risque).

graphique performance règle des 4 pour cent

Critiques et défis

  1. Contexte de taux faibles / rendements futurs incertains : Dans les décennies récentes, les taux d'intérêt bas ou les perspectives de rendement plus modestes rendent la règle moins robuste qu'auparavant.
  2. Durées plus longues pour une retraite anticipée : Si la période de retrait doit durer 40 ans ou plus (retraite précoce), 4 % peut apparaître comme trop élevé, surtout avec la suspension de la réforme des retraites qui reporte d'un trimestre l'âge légal pour les générations 1964-1968 à partir de septembre 2026.
  3. Hypothèse d'inflation stable : Lorsque l'inflation est volatile ou élevée, ajuster les retraits peut poser des dilemmes : retirer trop en mauvaises années, ou trop peu et perdre du pouvoir d'achat, comme avec le gel des pensions de base en 2026 et une sous-indexation de 0,4 point prévue jusqu'en 2030.
  4. Volatilité et séquence des retraits : Si les premières années de la retraite rencontrent des rendements négatifs, le capital peut être fortement entamé, rendant la stratégie fragile (effet " séquence des rendements négatifs ").
  5. Asymétrie des marchés géographiques / frais / fiscalité : Les études d'origine correspondent aux marchés américains, avec certaines hypothèses fiscales et de frais. Dans d'autres pays (Europe, France, etc.), ces paramètres peuvent altérer la faisabilité, aggravés par la suppression en 2026 de l'abattement de 10 % sur les pensions au profit d'un abattement unique de 2 000 € par retraité, entraînant une hausse d'impôt pouvant aller jusqu'à 19 % pour certains célibataires.
  6. Absence d'ajustement dynamique : La règle est rigide — elle ne tient pas compte des circonstances changeantes (besoins urgents, dépenses exceptionnelles, variation de rendement).

Des travaux récents proposent des modèles plus sophistiqués. Par exemple, une étude de 2025 propose de dériver un taux de retrait optimal à partir de distributions stochastiques de rendement plutôt que de s'en tenir à un taux fixe (≈ 4 %).

De plus, certains auteurs célèbrent l'idée d'un retrait " adaptatif " : diminuer les retraits en période de marchés défavorables, et les relâcher lorsque la valeur du portefeuille monte (mais sans excès).

Variantes et ajustements possibles

Taux moins agressifs : 3 % ou 3,5 %

Pour plus de sécurité, certains préconisent d'adopter 3 à 3,5 % comme taux initial, notamment dans les environnements de taux bas ou si la retraite sera longue. Cela réduit le risque d'épuisement précoce du capital.

Stratégie " seuil / plancher "

Plutôt que de suivre strictement un retrait ajusté mécaniquement, on peut définir :

  • un plancher minimal en cas de mauvaise conjoncture (réduire légèrement les retraits) ;
  • un seuil maximal en cas de bonne performance (capper les retraits).

On peut ainsi limiter les excès dans les cycles de marché.

Retraits dynamiques (par formule)

Certaines approches utilisent des formules plus complexes qui adaptent le retrait selon la valeur du portefeuille, la volatilité ou le ratio de couverture. L'idée est de prévoir un retrait " optimal " qui évolue, plutôt qu'un simple ajustement à l'inflation.

Retraits en pourcentage fixe

Une méthode plus conservatrice consiste à retirer chaque année un pourcentage fixe de la valeur du portefeuille (par exemple 3 ou 4 %) sans ajustement inflation, ce qui réduit les risques en cas de baisse sévère.

Ajustements liés à l'âge ou au portefeuille restant

Un retrait progressif : diminuer le pourcentage de retrait après certains âges (ex. 75 ans) ou si le portefeuille est fortement réduit. Cela permet d'adapter la consommation à la réalité du capital subsistant, en tenant compte des nouvelles règles comme la prise en compte des majorations pour enfants dans les carrières longues à partir de 2026.

Application pratique dans un contexte français / européen

Particularités du contexte européen

  • Les rendements historiques américains ne se traduisent pas directement en Europe ou en France en raison d'un contexte de taux d'intérêt différent, de fiscalité, de frais de gestion.
  • Les contraintes fiscales, les prélèvements sociaux, les règles d'imposition européenne doivent être intégrés, avec en 2026 un gel des pensions de base et une fiscalité alourdie sur les retraites.
  • L'environnement économique (croissance, inflation, rendement obligations) est plus faible qu'hier dans de nombreuses zones.

Adaptations recommandées

  1. Baisser le taux initial (3 à 3,5 %) si l'horizon de retraite est très long ou si la tolérance au risque est faible.
  2. Utiliser un portefeuille diversifié (ex : actions européennes/monde, obligations, actifs divers) pour réduire la dépendance à un seul marché.
  3. Revoir les retraits périodiquement (tous les 2–3 ans) selon performance et situation, en intégrant l'objectif de dépenses de la branche vieillesse fixé à 307,5 Md€ en 2026.
  4. Envisager un mécanisme de retrait minimum / retrait maximum modéré pour modérer l'impact des extrêmes du marché.
  5. Considérer l'impact des frais, impôts et contraintes de change si des actifs internationaux sont présents, ainsi que les mesures favorisant les mères de famille (calcul sur 23 ou 24 meilleures années, transformation de majorations en trimestres cotisés).

Quand et comment utiliser la règle des 4 %

Scénarios favorables

  • Retraite classique avec horizon de 25 à 35 ans.
  • Portefeuille diversifié avec historique de performance raisonnable.
  • Volonté d'un repère simple pour calibrer un plan de décaissement.

Scénarios à éviter

  • Retraite anticipée avec horizon de 40 à 50 ans.
  • Portefeuille très concentré ou très faible rendement anticipé.
  • Conditions de marché très défavorables ou inflation forte prolongée, amplifiées par le gel des pensions en 2026.

Bonnes pratiques

  • Revoir annuellement ou tous les quelques années le retrait à la lumière de la performance réelle.
  • Être prêt à ajuster le taux de retrait si le portefeuille subit des pertes importantes.
  • Prévoir une marge de sécurité (ex : commencer avec 3,5 % au lieu de 4 %).
  • Diversifier les sources de revenu (immobilier, revenus réguliers, rente retardée) pour limiter la pression sur le portefeuille.
  • Faire des simulations de "stress test" pour vérifier le comportement du portefeuille dans des scénarios extrêmes (crises, inflation, faible rendement).

simulation retraits retraite

Tableau récapitulatif : Comparaison de stratégies

Stratégie / Variante

Taux initial (approx.)

Ajustement inflation

Robustesse en marché faible

Flexibilité

Type d'horizon recommandé

Règle des 4 % classique

4 %

Oui

Moyenne à bonne

Faible

≈ 30 ans

Taux plus prudent (3–3,5 %)

3,0–3,5 %

Oui

Plus élevée

Faible

Longue (35–40 ans)

Pourcentage fixe (sans ajustement)

3–4 %

Non

Très robuste si faible

Moyenne

Moyenne à longue

Stratégie dynamique / adaptative

Variable

Oui

Haute

Haute

Tous horizons

Retrait plancher / plafond modulé

3,5 % → plafond max

Oui

Moyenne

Modérée

Toute retraite

Recommandations finales pour un investisseur éclairé

  • La règle des 4 % doit être considérée comme un outil de planification, et non comme une loi absolue.
  • Il est prudent de partir sur une base plus modérée (3 à 3,5 %) dans un contexte de rendements faibles et de mesures comme le PLFSS 2026.
  • Prévoir la flexibilité : être capable de réduire les retraits en période difficile ou de les ajuster selon la valeur du portefeuille.
  • Effectuer des simulations (" back-testing ") pour vérifier la résistance du plan face à des crises historiques ou scénarios extrêmes.
  • Ne pas compter uniquement sur le portefeuille : diversifier les revenus (immobilier, rente, actifs liquides) pour limiter la pression sur les retraits.
  • Mettre à jour régulièrement le plan, comme on réajuste une stratégie d'investissement selon l'évolution des marchés, de l'âge, des besoins et des conditions économiques.

investisseur préparant sa retraite

La règle des 4 % face aux autres stratégies financières

La règle des 4 % s'inscrit dans un ensemble plus large de stratégies de gestion et d'indépendance financière. Elle est notamment au cœur du mouvement FIRE (Financial Independence, Retire Early), un courant venu des États-Unis qui prône une épargne très élevée — parfois jusqu'à 50 % des revenus — pour accumuler rapidement un capital permettant de vivre uniquement de ses retraits.

Dans ce modèle, la règle des 4 % sert de repère pour estimer le capital nécessaire : par exemple, disposer de 25 fois ses dépenses annuelles (car 1 ÷ 0,04 = 25) permettrait théoriquement de subvenir à ses besoins sans revenu d'activité, même dans un environnement marqué par des gels de pensions et des hausses fiscales en 2026.

À côté de cette approche centrée sur le patrimoine, d'autres méthodes visent à structurer la gestion quotidienne des revenus. La règle des 50/30/20, popularisée par l'économiste américaine Elizabeth Warren, recommande d'allouer : 50 % des revenus aux besoins essentiels (logement, alimentation), 30 % aux envies personnelles, et 20 % à l'épargne ou au désendettement. Elle sert souvent de cadre d'équilibre budgétaire avant même d'aborder les placements.

Enfin, le frugalisme, philosophie proche du FIRE mais plus ancrée dans la simplicité volontaire, consiste à réduire durablement les dépenses pour gagner en liberté financière. Cette approche repose moins sur la performance des investissements que sur la maîtrise des besoins et des habitudes de consommation.

En somme, la règle des 4 % est complémentaire de ces autres stratégies : elle offre une méthode de décaissement raisonné pour ceux qui ont déjà constitué leur capital, tandis que le FIRE, la règle des 50/30/20 ou le frugalisme s'intéressent davantage à la constitution et à la gestion de ce capital en amont.

stratégies FIRE et frugalisme

Conclusion

La règle des 4 % reste une référence majeure dans le monde de la retraite individualisée. Elle offre un repère simple pour calibrer les retraits d'un portefeuille tout en visant la pérennité du capital.

Toutefois, elle n'est pas une panacée : ses hypothèses sont fortes, son efficacité dépend fortement du contexte de marché, des gels de pensions en 2026 et des évolutions fiscales, et elle demande des ajustements prudents. Pour tout investisseur sérieux, l'enjeu consiste à adapter la règle aux contraintes locales (rendement escompté, fiscalité, horizon, volatilité) plutôt que de la suivre aveuglément.

En combinant rigueur, simulations et flexibilité, il devient possible d'utiliser la règle des 4 % comme une boussole utile — sans se reposer exclusivement sur elle. Finalement, la règle des 4 %, bien appliquée, revient à se créer sa propre caisse de retraite grâce à des revenus passifs.

À lire également : 

Investir en 2025 : Quels placements privilégier ?

À retenir

  • La règle des 4 % est un outil simple pour organiser vos retraits à la retraite, mais elle doit être adaptée au contexte français 2025-2026 (gel des pensions, fiscalité).
  • Un taux plus prudent de 3 à 3,5 % et des retraits flexibles améliorent la résilience de votre patrimoine face à l'inflation et aux crises de marché.
  • Diversifier vos sources de revenus passifs (immobilier, SCPI, rente, placements financiers) permet de moins dépendre des pensions publiques.
  • En pratique, la règle des 4 % revient à constituer votre propre caisse de retraite en vivant des flux générés par votre capital plutôt qu'en l'épuisant trop vite.

Sources

  • William Bengen, "Determining Withdrawal Rates Using Historical Data", Journal of Financial Planning, 1994.
  • Cooley, Hubbard, Walz, "Retirement Savings: Choosing a Withdrawal Rate That Is Sustainable", AAII Journal, étude Trinity, 1998.
  • Documents budgétaires et de la sécurité sociale 2025-2026 (PLFSS, projections de dépenses vieillesse, mesures de gel et de revalorisation des pensions).
  • meilleurescpi.com – Analyses et guides sur la retraite, la planification financière et les revenus passifs.

Conseil d'expert

En tant qu'expert en SCPI et en planification de la retraite, mon conseil est de considérer la règle des 4 % non pas comme un plafond, mais comme un cadre de réflexion pour bâtir vos revenus passifs. En combinant un portefeuille financier diversifié et des SCPI de rendement, vous pouvez viser un flux proche de 4 % net de frais sur le long terme et ajuster vos retraits selon les cycles économiques. Finalement, la règle des 4 %, bien appliquée, c'est se créer sa propre caisse de retraite avec des revenus passifs, indépendante des aléas des réformes et des gels de pensions.


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À propos de l’auteur

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J'ai fondé MeilleureSCPI.com, Meilleur-GF.com, Meilleur-GFV.com, et Epargne-Mensuelle.com. J'adore tout ce qui touche à l'épargne, l'éducation financière, et la fixation d'objectifs. Je pense qu'une des clés est de mettre de l'argent de côté dès le début du mois. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me contacter (via le formulaire de contact) !

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