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Quasi-usufruit : pièges, risques fiscaux et nouvelles règles

Comprendre les risques du quasi-usufruit
Le quasi-usufruit est une disposition juridique qui permet à l'usufruitier de disposer librement d'un bien consomptible, comme une somme d'argent, à charge pour lui d'en restituer l'équivalent à l'extinction de l'usufruit. Le mécanisme repose sur l'article 587 du Code civil : l'usufruitier peut utiliser les fonds comme un véritable propriétaire, mais il doit rendre des choses de même quantité et qualité, ou leur valeur estimée à la date de la restitution. Si cette pratique peut offrir des avantages patrimoniaux, elle comporte des risques et des contraintes fiscales nettement renforcés depuis 2024 qu'il est essentiel d'anticiper.
Définition du quasi-usufruit
Le quasi-usufruit se distingue de l'usufruit classique parce qu'il porte sur des biens qui se consomment par le premier usage, notamment des liquidités et, selon les cas, certains actifs financiers. En contrepartie de cette liberté d'usage, l'usufruitier contracte une créance de restitution au profit du nu-propriétaire, exigible à la fin du droit, le plus souvent au décès de l'usufruitier, conformément à l'article 587 du Code civil.
Exemple : lorsqu'un parent donne à ses enfants la nue-propriété d'une somme de 500 000 € tout en conservant l'usufruit via un démembrement, il peut utiliser ces fonds, mais ses héritiers devront retrouver à son décès une créance de restitution d'un montant équivalent. Si cette mécanique n'est pas correctement formalisée, elle peut être contestée au plan civil ou fiscal.
Les nouvelles règles fiscales en 2024 et 2026
Une réforme limitant les avantages fiscaux
La loi de finances pour 2024 a introduit l'article 774 bis du Code général des impôts (CGI), qui encadre la déductibilité des dettes de quasi-usufruit dans les successions ouvertes à compter du 29 décembre 2023. Le texte vise en particulier la créance de restitution née d'une donation de somme d'argent avec réserve d'usufruit, ainsi que certains quasi-usufruits issus du prix de cession d'un bien, lorsque l'opération présente un caractère principalement fiscal.
Désormais :
- Les dettes de restitution liées à une somme d'argent dont le défunt s'était réservé l'usufruit ne sont plus déductibles de l'actif successoral dans le champ de l'article 774 bis CGI.
- La règle s'applique aux successions ouvertes à compter du 29 décembre 2023, quelle que soit la date de constitution du quasi-usufruit.
- Une exception demeure lorsque la dette n'a pas été contractée dans un but principalement fiscal, notamment pour certains quasi-usufruits consécutifs à une cession ou à une opération assimilable.
Points clés
- Le quasi-usufruit sur somme d'argent n'offre plus automatiquement un avantage successoral.
- L'administration fiscale contrôle désormais plus sévèrement les montages destinés à réduire artificiellement l'assiette taxable.
- La date déterminante est celle de l'ouverture de la succession, non celle de la création du quasi-usufruit.
Les implications pour les héritiers
Pour les héritiers, la vigilance est devenue indispensable, car une créance mal documentée peut être écartée du passif successoral, ce qui augmente mécaniquement les droits de mutation à titre gratuit. Il est donc essentiel de formaliser le mécanisme par une convention de quasi-usufruit, idéalement dans un acte authentique ou, à défaut, dans un écrit à date certaine, afin de rendre la dette réelle, justifiée et opposable.
Les précautions les plus utiles restent :
- préciser dans la convention les modalités exactes de restitution ;
- documenter l'origine des fonds et la logique patrimoniale de l'opération ;
- organiser la preuve de la créance pour éviter toute contestation lors du règlement de la succession.
Les pièges courants du quasi-usufruit
Mauvaise répartition des dividendes
L'un des écueils fréquents concerne le démembrement de titres sociaux. En pratique, l'usufruitier perçoit les revenus attachés aux titres, mais la répartition doit rester cohérente avec les droits du nu-propriétaire, notamment lorsque des opérations de distribution, de réserves ou de plus-values sont en jeu. Une répartition mal calibrée peut générer un déséquilibre patrimonial et des tensions familiales, voire une contestation fiscale.
Exemple : si une société verse des dividendes, la qualification des sommes distribuées doit être analysée avec soin pour éviter qu'un flux présenté comme un revenu de l'usufruitier ne masque en réalité une opération patrimoniale relevant aussi du nu-propriétaire.
Clause bénéficiaire et assurance-vie
Le quasi-usufruit est également utilisé dans certaines transmissions via des contrats d'assurance-vie, mais une clause bénéficiaire imprécise peut provoquer des litiges. Lorsque le capital est démembré, la clause doit prévoir clairement la créance de restitution, son mode de calcul et ses modalités de paiement, afin d'éviter les blocages au décès de l'usufruitier.
Les points de vigilance portent notamment sur :
- la création explicite d'une créance de restitution au profit des nus-propriétaires ;
- la rédaction précise de la clause bénéficiaire démembrée ;
- les effets d'un remariage, d'un changement de régime matrimonial ou d'un réemploi des capitaux.
Conseils pour éviter les écueils
Pour réduire les risques liés au quasi-usufruit, il faut encadrer le mécanisme dès sa mise en place et conserver une traçabilité complète des flux. Les praticiens recommandent de :
- Formaliser une convention détaillée précisant les droits et obligations de chaque partie, dans un acte authentique ou sous seing privé à date certaine.
- Recourir à des professionnels — notaires, avocats ou conseillers fiscaux — pour encadrer les transactions et documenter les objectifs patrimoniaux non exclusivement fiscaux.
- Vérifier que le schéma envisagé repose sur un objectif patrimonial réel et non principalement fiscal, car c'est désormais l'un des critères majeurs d'appréciation de l'administration.
- Effectuer des suivis réguliers pour limiter les erreurs de valorisation et les difficultés de règlement au décès.
Tableau récapitulatif des points clés
| Aspect | Risque potentiel | Solution recommandée |
|---|---|---|
| Nouvelles règles fiscales | Non-déductibilité de la créance et redressement fiscal | Vérifier le champ de l'article 774 bis CGI et formaliser la dette |
| Distribution des dividendes | Déséquilibre entre usufruitier et nus-propriétaires | Encadrer la répartition dans les statuts ou conventions |
| Assurance-vie | Litiges sur la clause bénéficiaire et la créance de restitution | Rédiger une clause précise et anticiper la restitution |
| Restitution du capital | Difficulté de remboursement à l'échéance | Prévoir la restitution dès l'origine et sécuriser les flux |
Conclusion
Le quasi-usufruit reste un outil patrimonial efficace, mais il ne fonctionne correctement que s'il est juridiquement formalisé et fiscalement justifié. Avec le renforcement du cadre issu de l'article 774 bis du CGI, la prudence s'impose plus que jamais pour protéger à la fois l'usufruitier et les nus-propriétaires, et pour éviter qu'une stratégie de transmission patrimoniale ne se transforme en coût fiscal supplémentaire.
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À retenir
- Le quasi-usufruit porte sur des biens consomptibles (liquidités, actifs financiers) et crée une créance de restitution au profit des nus-propriétaires.
- Depuis la loi de finances pour 2024, la déductibilité des dettes de quasi-usufruit est fortement encadrée pour les successions ouvertes depuis le 29 décembre 2023.
- Les montages à but principalement fiscal sont désormais visés par l'article 774 bis du CGI et peuvent entraîner un redressement.
- Une convention de quasi-usufruit claire, datée et opposable est devenue essentielle pour sécuriser la transmission.
- Les principaux risques concernent la répartition des revenus, les clauses bénéficiaires d'assurance-vie mal rédigées et l'absence d'anticipation de la restitution.
Conseil d'expert
En pratique, il faut toujours anticiper la restitution de la créance de quasi-usufruit dès l'entrée en place du montage : documentez la dette, conservez les preuves de son origine et vérifiez impérativement qu'elle ne repose pas sur une logique exclusivement fiscale — c'est le critère central de l'administration depuis 2024. Simulez différents scénarios de décès et de besoins de liquidités, puis ajustez vos investissements (SCPI, assurance-vie, liquidités) en conséquence. Un rendez-vous régulier avec votre notaire ou conseiller en gestion de patrimoine permet de rester conforme au cadre de l'article 774 bis CGI applicable en 2026 tout en protégeant équitablement usufruitier et nus-propriétaires.
À propos de l’auteur
Jonathan Dhiver
J'ai fondé MeilleureSCPI.com, Meilleur-GF.com, Meilleur-GFV.com, et Epargne-Mensuelle.com. J'adore tout ce qui touche à l'épargne, l'éducation financière, et la fixation d'objectifs. Je pense qu'une des clés est de mettre de l'argent de côté dès le début du mois. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me contacter (via le formulaire de contact) !